JRPAC

Le grand enfant qui dirigeait le monde

1 novembre 2010

« The Social Network » est un film de David Fincher, sorti en salle le 13 octobre dernier. Il relate l’épopée de Facebook au travers des relations sentimentale, d’amitié et d’influence qu’entretient son créateur Mark Zuckerberg avec son entourage.

Affiche du film "The Social Network" de David Fincher

Affiche du film "The Social Network" de David Fincher

Le film en lui-même est honnête, c’est du David Fincher bien rôdé : réalisation impeccable, scénario sans failles, rythme soutenu sans pour autant être un M:i:III et la photographie est correcte bien qu’un peu en deçà par rapport au reste (trop emprunte aux codes des séries TV). Ne vous trompez pas, le sujet de The Social Network n’est pas Facebook, l’intérêt est ailleurs : dans l’aspect social et la révélation en filigrane d’un monde qui change d’un point de vue anthropologique.

Il y a encore quelques décennies, pour être en haut de la pyramide sociale il fallait avoir de l’expérience dans les relations humaines, un charisme certain, une aisance rhétorique ; en somme, il s’agissait d’être un Alpha-Mâle intellectuel (l’article anglais est plus fourni). La vision autre de ce postulat que propose dans ce film le scénariste Aaron Sorkin n’est pas une libre interprétation personnelle du monde actuel mais un fait : les codes sociaux sont en totale mutation.

Le film de Fincher n’est pas un documentaire mais il relate malgré tout la vie réelle du créateur de Facebook. Zuckerberg est en deuxième année à Harvard et sa petite amie de l’époque, excédée par son arrogance le quitte. Il boit de l’alcool pour faire passer la nouvelle et la même nuit se venge en créant Facemash, site web où les étudiants d’Harvard votent pour la fille la plus sexy du campus. Quelques mois plus tard, il reprend une partie du principe communautaire de Facemash et développe Facebook. Alors qu’il n’a que 20 ans, le site est lancé. Trois ans plus tard, il devient le plus jeune milliardaire de la planète.

Ce qui est fou et frappant, c’est comment un simple étudiant en informatique, presque autiste, mené par une motivation puérile initiale devienne l’une des personnes les plus influentes du monde. C’est fascinant et inquiétant. Fascinant car Mark Zuckerberg est un grand enfant, avec tout ce que ça implique. Un enfant ne voit pas le profit (Zuckerberg avait d’ailleurs créée Synapse quelques temps plus tôt, un logiciel qui détecte vos goûts musicaux et l’avait diffusé gratuitement sur la toile malgré des propositions d’achat par Microsoft et AOL), s’intéresse souvent à des choses nobles car simples et ne connait pas les codes sociaux du monde des adultes. Il s’affranchit donc automatiquement du poids de la responsabilité. Inquiétant car un enfant peut donc agir sans avoir la notion des conséquences de ses actes. Dans mon ancien métier d’informaticien, beaucoup de personnes très fortes techniquement étaient coupées du monde réel et ne voyaient pas les graves implications pour le coup loin d’être virtuelles de certaines de leurs actions.

Internet est encore un circuit parallèle. On peut arriver en haut sans passer par le circuit traditionnel. La voie normale, c’est encaisser les claques imagées délivrées par ses supérieurs pour nos erreurs de jeunesse – celles qui révèlent une vision étriquée du fonctionnement d’une société -, c’est se confronter à la complexité d’un marché, quel qu’il soit, c’est comprendre les réseaux d’influences, l’importance des aptitudes politiques dans l’ascension hiérarchique et surtout, calmer ses ardeurs de jeune loup prétentieux en emmagasinant un minimum d’humilité et de sagesse, la dernière qualité étant indissociable d’un poste à responsabilité.

Lorsque que Mark Zuckerberg est devenu le plus jeune milliardaire au monde, de par l’aspect financier, il bascule de fait dans le monde réel et celui des grands dirigeants. Sa parole porte et sa moindre décision peut être un raz-de-marée si elle porte sur un sujet sensible. Quelles seront les conséquences de ce genre de situation ? Larry Page et Sergei Brin de Google ont l’air de plutôt bien gérer leur affaire quant à eux. Ils sont accompagnés d’Eric Schmidt formant le fameux triumvirat qui a fait la force du moteur de recherche mais ils me semblent bien plus matures que Mark.

Pour revenir à l’aspect social, ce qu’il faut retenir de cette histoire c’est que ce sont les simples capacités intellectuelles du créateur de Facebook qui l’ont amené à cette situation. Il a bien évidemment fait les bons choix, a mis en œuvre rapidement de bonnes idées mais il est un handicapé social et ça, c’est une donnée assez nouvelle me semble-t-il.

Les grandes têtes dénuées d’une certaine virilité sociale ont rarement accédé à de telles sphères. Plus l’être humain évolue, moins l’aspect physique importe. L’encéphale devient la carte de visite. Lorsque je vois des jeunes qui ont un intellect très développé mais évoluent dans un cercle assez fermé, limitant par là même les possibilités de confrontation sociale et donc d’apprentissage de la vie en communauté (une société !), je me dis que mon opinion est passéiste et qu’un jour les « no life » dirigeront le monde ! Je ne sais pas si c’est triste ou heureux.

Quelque part, il y a un paradoxe. Lorsqu’un animal s’élève mentalement, les codes sociaux deviennent plus importants. Ce n’est pas le plus beau ou le plus fort qui domine mais le fin stratège, celui qui use de son cerveau pour se positionner dans la société. Dès lors, les qualités que le groupe reconnaîtra auprès de celui qui dirige porteront inconsciemment sur cette capacité à communiquer intelligemment avec les autres, à persuader, plaire, assurer, affirmer. Aujourd’hui, le crédit donné à l’intellect dans les sociétés dites développées croît de jours en jours (malgré une ouverture – mais est-ce un effet de mode ? – vers plus d’écoute de son corps et de son esprit) et la brusque arrivée du monde virtuel dans nos vies, depuis quelques dizaines d’années est en train de balayer toute cette culture de l’importance des codes sociaux, au profit de facultés d’analyse et de réflexion seules.

Place des Victoires à Paris. Octobre 2010. Chambre 4x5". Photo : Jean-Romain Pac.

Place des Victoires à Paris. Octobre 2010. Chambre 4x5". Photo : Jean-Romain Pac.

Arte : Grand’art, P’tit critique

26 octobre 2010

Ce week-end, alors que je me baladais sur le site d’Arte, je suis tombé sur la page d’une émission sur la peinture : Grand’Art. « Chouette ! » me dis-je intérieurement. Que cette chaîne a une programmation géniale, riche et qualitative ! C’était sans compter sur le présentateur et critique d’art qui anime l’émission, Hector Obalk.

Ses interventions sur Rive droite / Rive gauche étaient déjà assez brouillon et peu intéressantes (ses avis très personnels baignaient dans le banal) mais à la lecture de son émission sur Ingres, je crois qu’il a touché le fond.

Le principe de Grand’Art est simple : Hector Obalk revisite une partie de l’histoire de l’art en filmant les tableaux et en les commentant. Là, il nous parle du peintre Ingres et commence par la peinture Venus anadyomène exposée au Musée Condé à Chantilly.

Vénus anadyomène. 1848. Jean-Auguste-Dominique Ingres. Musée Condé.

Vénus anadyomène. 1848. Jean-Auguste-Dominique Ingres. Musée Condé.

Alors qu’il zoome sur la toile et se déplace à l’intérieur avec des mouvements de caméra, Hector Obalk nous relate son opinion. Il se met devant la peinture et parle :

Donc là j’ai la preuve que c’est une merde.

C’est donc une vénus qui sort de l’eau. Pourquoi je n’aime pas beaucoup ce tableau ?

D’abord parce que sa tête est assez affreuse, on descend et les enfants sont vraiment moches quoi, par rapport à Corrège. C’est pas beau ces enfants là, c’est d’une mièvrerie alors regardez-bien, je sais pas si vous voyez quelque chose ; la mousse qui est censée être de l’écume de l’eau est nulle pictoralement, ça rend pas du tout l’écume de l’eau, le corps de l’enfant est vraiment horrible. Et puis alors c’est très laid son effet de dégradé sur la mer là, une kitscherie de restaurant italien çà, r’garde moi ça, regarde moi ces dégradés affreux là, t’as vu le restaurant de fruit de mers là. Sexe féminin, c’est pas bon. C’est pas bon. Le bras est toujours trop gros. Regarde le bras de camionneur tout d’un coup regarde là avec une épaule de jeune fille regarde ça ! Non mais regarde-moi ces bras attends t’y crois pas !

Il se met à rire de manière cynique. Et moi je pleure, je pleure virtuellement en me disant qu’Arte puisse cautionner ce genre de propos. On peut dépoussiérer l’histoire de l’art, l’aborder de manière vivante, actuelle et non ennuyeuse sans avoir à utiliser un ton si irrespectueux et méprisant. Jean-François Zygel nous parle avec simplicité et passion de la musique classique pour la rendre plus accessible et plus comprise. C’est tout aussi possible en art. Durant les divers cours que je suis à l’Ecole du Louvre, beaucoup de conférenciers restent humbles et sympathiques face aux œuvres, même envers celles qu’ils n’aiment pas.

Arte, dans le descriptif de l’émission nous dit « Non sans une certaine insolence quand il moque ses « dégradés kitsch dignes de restaurants italiens », Hector Obalk sonde aujourd’hui l’oeuvre de l’auteur de La baigneuse Valpinçon ». A quoi bon l’insolence si elle est sinistre et cynique ? Je l’aime bien moi l’insolence, lorsqu’elle est emprunte d’humour. Rappelez-vous Laurent Baffie qui demande à Jean-Pierre Chevènement en micro-troittoir : « Une question Jean-Pierre, lorsqu’on est connu, c’est plus facile avec les gonzesses ou c’est plus difficile ?! » (voir la vidéo).

Rien de cela chez Hector Obalk, on découvre avec désarroi une argumentation pauvre, qu’il confesse lui-même dans l’émission sur Ingres. La pilule de l’irrespect et de la déconsidération du travail de l’artiste est encore plus difficile à avaler lorsque certains passages du critique d’art semblent refléter une certaine méprise sur l’appréciation d’une œuvre d’art.

Une Odalisque. 1814. Jean-Auguste-Dominique Ingres. Photo : © Musée du Louvre / A. Dequier - M. Bard.

Une Odalisque. 1814. Jean-Auguste-Dominique Ingres. Photo : © Musée du Louvre / A. Dequier - M. Bard.

Face à la Vénus en Odalisque, il confond l’exactitude et la justesse :

Là je pense qu’il y a quelque chose qui ne va pas là. Je sais pas, il y a un truc qui déconne dans le talon. Regarde, la monstruosité de Francis Bacon tu sais quand il fait les chairs difformes, c’est pas un Bacon ça ? On se demande… ça pourrait être un coude ! C’est n’importe quoi.

L’observateur n’attend pas qu’un tableau soit une reproduction exacte de la réalité. Michel-Ange a volontairement cassé légèrement certaines proportions en faisant des mains et des pieds plus grands que la normale. Cela lui semblait certainement plus juste, plus esthétique ou répondait à une vision personnelle non commune qui faisait son génie.

Arte m’a déçu et Hector Obalk une désastreuse re-découverte. Qu’importe, je continuerai à me délecter des reportages subtiles et instructifs des autres émissions. Récemment, j’ai appris l’existence d’un musée des arbres à Zürich grâce à Métropolis et j’ai suivi l’artiste Robert Combas dans l’excellente émission l’Art et la manière.

Congrès sur le livre photographique à Perpignan

22 octobre 2010

Le week-end dernier, je suis allé à Perpignan pour le congrès Galerie Photo sur le livre photographique. Il était organisé par l’association bla-blART, laquelle édite aussi le magazine photographique trimestriel Regards.

Je suis arrivé à Perpignan en avion le vendredi. Dès que les roues ont touché la piste d’atterrissage, j’ai senti que ce seraient trois jours sympathiques ! Par le hublot, je ne vois pas de tour de contrôle, pas de terminaux gigantesques, pas de camionnettes pour transporter les valises ou ravitailler les avions ; juste des palmiers et le bâtiment de l’aéroport surmonté des lettres P-E-R-P-I-G-N-A-N éclairées par une lumière orangée de fin d’après-midi. Notre avion est le seul des alentours, j’ai l’étrange impression de revivre mon arrivée sur l’île de San Andrés lorsque j’étais parti en Colombie, d’atterrir dans un petit village où l’aéroport est un aérodrome. Nous descendons directement sur le tarmac, je récupère mon sac et direction le centre ville.

A l’hôtel, je dépose mes affaires et file directement au dîner, dans une brasserie en ville. Je ne connais personne, j’aime bien ce genre de moments où je me jette volontairement dans l’inconfort, c’est le meilleur moyen de faire de belles rencontres et de s’ouvrir au « nouveau ». A ma gauche, les membres très actifs du forum, spécialistes, pointilleux mais néanmoins ouverts : Henri Gaudphotographe d’architecture au service du patrimoine – et Jean-Claude Mougin – spécialiste du procédé au platine palladium – le sont tout autant lors de ce repas. Les discussions vont bon train et on y parle du marché actuel de la photographie et de procédés qualitatifs en train de disparaître comme l’héliographie / héliogravure. A ma droite, trois nouveaux comme moi : Olivier et Philippe de l’imprimerie Escourbiac et Jean-David, qui travaille dans la photographie, la communication et s’est mis au grand format il y a quelques années.

Etant toulousain de naissance, c’était assez étonnant que mes voisins de tablée soient aussi des voisins de ma ville natale puisque leurs presses sont dans le Tarn. On discute de l’évolution du livre photo d’artiste et Olivier me parle d’un certain Sébastien Girard, toulousain aussi, qui a auto-édité son premier livre et qui a été imprimé chez eux. Je ne connaissais pas ce photographe et dès le soir même, je suis allé voir sur Internet ses travaux. Apparemment, son livre a fait un sacré succès et il a reçu des critiques prestigieuses comme celle d’Alec Soth.

Le repas se termine. Je rentre à l’hôtel avec des informations sur la photographie et le milieu dans la tête.

Le lendemain, samedi, est la réelle journée du congrès. Les conférences sont donc axées sur le livre photographique :

  • Le livre d’artiste en photographie (François Besson)
  • La série en photographie (Henri Peyre)
  • Techniques actuelles d’impression, quels choix pour quels livres ? (Henri Gaud)
  • De l’image au livre imprimé, quel chemin pour le photographe en auto-édition ? L’exemple de la Revue Regards (Pierre Corratgé)

De manière succincte, je partage les notes que j’ai pu écrire sur les différentes interventions.

Le livre d’artiste en photographie

La première conférence présente un aperçu du livre d’artiste. Je découvre pour la première fois les éditions Toluca qui éditent pourtant des artistes comme Jean-Marc Bustamante ou Thomas Ruff. Durant les projections, le conférencier met en avant certaines publications. On peut noter par exemple la série The Morgue d’Andrès Serrano (artiste représenté par la galerie Yvon Lambert) qui a fait l’objet d’un livre aux éditions La Tête d’obsidienne.

Une autre référence du genre (livre d’artiste photographe) est Twentysix Gasoline Stations d’Edward Rusha. Ce livre est considéré comme précurseur du livre d’artiste actuel. Il a été auto-édité et imprimé par l’auteur.

François Besson nous a donné le lien d’un site à ajouter dans ses favoris, un blog référençant tous les livres photographiques auto-édités : The Independent Photo Book. Il suffirait d’envoyer les informations sur son ouvrage et le moyen de l’acheter pour avoir l’honneur d’un article sur le blog ! Les fins observateurs d’entre vous remarqueront que l’un des fondateurs de cette initiative n’est autre que Jörg Colberg (vous vous souvenez ? J’en parlais dans mon article sur Rineke Dijkstra).

La série photographique

On retrouve Henri Peyre et ses fines analyses théoriques. Je vous conseille notamment son sujet sur le portrait avant la photographie ou encore un exemple d’analyse de photographie avec une image de Thomas Struth.

Il introduit son propos avec un rappel des différentes définitions que l’on peut attribuer au mot « série ». Puis, il évoque la série dans le monde pictural. J’avais effectivement oublié, dans l’histoire de l’art, le rôle de certaines commandes dans la constitution de séries. Marie de Médicis commande à Rubens une série de toiles biographiques qui orneront ses appartements.

Henri soulève aussi la question de la légitimité de parler de série lorsque le peintre ou le photographe réalise un ensemble d’œuvres avec un thème identique. Jean-Baptiste Oudry a beaucoup peint les animaux mais ses œuvres ne peuvent constituer une série : il n’y a pas d’unité ni de construction initiale du travail. Récolter des images et créer une cohérence en aval est au mieux une collection mais pas une série.

En somme, pour conclure cet exposé, pour parler véritablement de série en photographie, il faudrait que les trois conditions suivantes soient remplies :

  1. Sujet précis
  2. Délai (tout comme un projet doit avoir un début et une fin)
  3. Contraintes techniques

La série apporte aussi une rentabilité économique : on se déplace moins (exemple : la cathédrale de Rouen vue par Monet) et on produit plus.

Techniques actuelles d’impression, quels choix pour quels livres ?

L’après-midi du congrès s’est ouverte avec Henri Gaud au micro. L’exposé était technique et il est délicat de reprendre en détail tout ce qui a été dit. Son discours était articulé en trois parties. Voici le plan de l’ensemble de son intervention sur la pré-production et la production d’un livre photographique :

  1. Fabrication (préparation)
    1. Rassembler les informations
    2. Concevoir une charte graphique
    3. Réaliser la mise en page
    4. Fabriquer l’ouvrage
    5. Imprimer l’ouvrage
  2. Procédés
    1. Type de presse : machines feuilles et rotatives
    2. Format des presses
    3. Procédés d’impression
    • Offset
    • Héliogravure
    • Typographie
    • Flexographie
    • Xérocopie
    • Phototypie
  3. Répartition des coûts
    1. Côté éditeur
    2. Côté lecteur/acheteur

Pour les photographes, l’étape que les imprimeurs appellent la photogravure est souvent sous-estimée en terme de temps et de coût. La préparation correcte des fichiers fait appel à des compétences très spécifiques (scannériste, retoucheur, …etc). De même, toute la partie graphique (charte graphique, mise en page / maquette) est primordiale : elle doit être pensée en étroite relation avec le sens du propos. Comme souvent, la forme devient aussi le fond. Dans les métiers visuels comme celui de photographe, le sens se trouve dans le produit fini (la forme).

En terme financier, pour les photographes qui veulent se lancer dans la création d’un livre, un pourcentage a été avancé lors de cette conférence : l’auteur ne touche que 10% du prix public.

De l’image au livre imprimé, quel chemin pour le photographe en auto-édition ? L’exemple de la Revue Regards

Pierre Corratgé, l’organisateur de ce congrès nous a présenté l’histoire et l’historique de la revue photographique qu’il a créé, la Revue Regards. Entouré d’un comité rédactionnel restreint, le magazine sort tous les trois mois et met en avant le travail de six photographes. Ils ne sont pas dans une logique commerciale ce qui implique une structure de coût réduite. Le magazine est imprimé en laser sur papier 170g avec un dos carré collé. Il est actuellement vendu 25 € port compris. J’avais acheté le premier et le second et continuerai à les suivre.

Il ne nous a pas caché les échecs (la version anglaise) et les difficultés (va-et-vient logique avec l’imprimeur au début) mais la revue a le mérite d’exister et surtout, de continuer.

Le congrès en un coup d’œil

Le livre photographique permet surtout une auto-expression. L’auteur qui devient sa propre maison d’édition peut contrôler l’ensemble de la chaîne : les images, les textes, la mise en page. Avec le choix d’un bon imprimeur et un bon contact avec ce dernier, la création et les choix personnels se prolongent à l’impression.

D’un point de vue financier, il est illusoire de penser gagner de l’argent sur ses livres. Au mieux, on peut rembourser les frais d’impression. Au pire, il faut accepter que ce sera un projet à perte (d’un point de vue financier, pas humain ni artistique). Il est important aussi de souligner que le coût de la réalisation du projet (temps passé, matériel, films, développement/scan, transport, hébergement) n’est souvent pas intégré au budget.

Par un système de souscription, le photographe peut s’assurer de rembourser les frais d’impression sans avancer l’argent auprès de l’imprimeur. Cela consiste à encaisser le prix final du livre auprès des clients intéressés. En d’autres termes, il s’agit de pré-commandes. Quoiqu’il en soit, le photographe doit endosser une casquette d’agent et de commercial pour vendre son livre. L’auto-édition signifie aussi auto-communication et il est indispensable d’agir sur plusieurs fronts (Internet, festivals, congrès, salons) pour vendre son ouvrage.

Le portrait n’est pas uniquement négatif. Au delà de l’enrichissement personnel sur le plan de l’expérience, des compétences et de la recherche artistique – ces trois points étant certainement les plus intéressants et importants pour une telle entreprise -, la publication d’un livre semblerait être une bonne carte de visite pour la suite.

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Maison. 2010. Photo : Jean-Romain Pac.

Maison. 2010. Photo : Jean-Romain Pac.

J’ai découvert un chef d’œuvre !

18 septembre 2010

Dès la première vision, une sensation vous submerge, celle de reconnaître une pièce d’art, une vraie ! Dans l’anonymat de la foule et avec un regard vierge de tout préjugé, vous n’avez effectivement toujours pas pris connaissance du titre de la toile et du nom de son auteur. Mais telle une pépite d’or à vos pieds que personne n’a vue, vous profitez de cet instant magique et esquissez un petit sourire intérieur qui devient rapidement extérieur et visible. Quel délice d’avoir l’impression de découvrir tout seul un chef d’œuvre ! On se félicite alors de son extrême sensibilité et de son (bon) goût pour l’art ! Oui, vous vivez la sensation d’avoir découvert la révélation artistique de l’année sinon de la décennie et les plus audacieux d’entre vous rêvent déjà de devenir un art-maker à la Charles Saatchi ; vous savez, ce publicitaire anglais et grand collectionneur d’art qui par le simple achat d’une œuvre en salle de vente peut provoquer un effet de mode ou une tendance dans le milieu de l’art !

Je suis au musée Marmottan à ce moment là et la visite sur Claude Monet continue. Au détour d’un regard, je vois une œuvre immense, abstraite, dans les tons de vert. Le reste du groupe écoute attentivement la guide alors que je suis corporellement happé par cette toile. Quelle force ! Il y a comme un magnétisme qui émane  de l’œuvre. Il faut que je sache qui est l’artiste, je m’approche timidement du petit écriteau sur la droite. Je veux le regarder tranquillement car je suis impressionné par cette peinture et je ne voudrais pas lui manquer de respect en jettant un regard furtif qui volerait et violerait les informations associées par une lecture hâtive et vulgaire ! Un bon repas se déguste sans précipitation.

Abstraktes Bild, See. 1997. Gerhard Richter.

Abstraktes Bild, See. 1997. Gerhard Richter.

Mince ! Encore lui, il m’a eu, il me suit. Cet inconnu il y a encore dix secondes ne l’était finalement pas du tout pour mon inconscient ! Ses toiles ont le dessus sur mes capacités d’analyse et de prise de recul qui auraient pu me dire doucement, sous forme d’indice à la Questions pour un Champion « Artiste-peintre allemand contemporain ». Au fond, j’aurais voulu que mon esprit se dise « C’est bon Gerhard, j’t’ai reconnu ! Arrête ton cinéma ! Je ne suis pas dupe ». Je croyais pourtant bien l’avoir cerné avec ses autres tableaux, je pensais le comprendre, connaître son œuvre pour la détecter avant même que je lise le descriptif et malgré tout il me surprend toujours ! L’intellect avait été éteint et l’effet de la peinture était passé au travers de la culture artistique, de la raison, de la connaissance de ses travaux et la fatigue à voir beaucoup d’œuvres distinctes et de grands maîtres cette semaine là semblaient s’être évaporée l’instant où mes yeux s’étaient posés sur ce sombre vert-cyan gratté, texturé et torturé. Le diamant avait jailli de nulle part, enfin au sein d’une salle dédiée à Monet et ses fils artistiques quand même !

Les événements se suivent et se ressemblent. En août, je suis allé à Bilbao et ai visité le musée des Beaux-Arts. Cette scène s’est répétée avec une peinture de la renaissance, le rapt de Deidamia par Rubens, puis celui d’Europe par Martin de Vos (une réelle claque esthétique dont je me remets encore difficilement) et enfin – bien moins évident -, « Some neat cushions » par l’imprévisible mais toujours aussi génial David Hockney.

Le rapt de Deidamia, 1637. Peter Paul Rubens.

Le rapt de Deidamia, 1637. Peter Paul Rubens.

Le rapt d'Europe, 1590. Martin de Voos.

Le rapt d'Europe, 1590. Martin de Voos.

Some Neat Cushions, 1967. David Hockney.

Some Neat Cushions, 1967. David Hockney.

Me voilà rassuré, je croyais avoir un cœur de pierre ces derniers temps. La faute à ces artistes contemporains comme Anish Kapoor, Richard Serra et autres Morgane Tschiember qui ne me font aucun effet, sinon celui de perdre mon temps à essayer de comprendre le travail d’imposteurs. Grâce à ces récents coups de cœur, j’éprouvais à nouveau ce doux sentiment de pouvoir à nouveau apprécier une œuvre, l’adorer dès l’instant où je la découvrais et la faire rentrer dans l’art sans la moindre hésitation, avec une inflexible conviction. Le temps nous dira si cette conviction était si inébranlable.

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Du déni à l’appréciation… de la mode et de l’art !

5 septembre 2010

Allez, introduisons cet article par deux courts extraits vidéos tirés du film The September Issue.

Anna Wintour, rédactrice en chef de VOGUE, évoque dans la première séquence le milieu de la mode, non sans une petite fierté délicieuse à être spectatrice et actrice majeure de cette sphère. Dans le second extrait, le cadre n’a pas pas changé. Même personne. Même film. Mais le discours est autre, il est emprunt de souffrance du à l’incompréhension, sinon au mépris de son entourage pour son métier et son monde. Sa famille s’arrête au strass et aux paillettes.


Anna Wintour about fashion sphere


Anna Wintour about her family circle

Il existe une cruauté dans le déni et le mépris. Une cruauté-bulldozer qui n’a pas l’élégance de comprendre ce qu’elle écrase. Ces filles écervelées qui défilent avec des visons sur un podium entouré de groupies, de chipies et pseudo-journalistes de mode trendy, cette peinture immensément blanche tâchée d’un minuscule carré rouge en son centre alors que le commissaire d’exposition au vernissage agrémente son discours de superlatifs aussi abscons que le dernier mot que je viens d’employer, ce film d’auteur qui fait fuir la moitié de la salle et qui obtient la Palme d’Or et l’approbation unanime de toute la critique presse.

Au début je trouvais ça ridicule, vraiment. Maintenant, je revois ce premier jugement, celui du déni de la mode et de certaines œuvres d’art. Jean-François Zygel parlait en des termes similaires en présentant un nouvel épisode de La boîte à musique sur l’Opéra  :

Quand j’étais petit, ça ne me disait pas grand chose l’opéra. Je trouvais même ça passablement ridicule, ces grosses dames qui chantaient avec des airs convaincus, un peu héroïques et puis avec des robes franchement pas possibles.

Non, c’est plus tard, que je me suis rendu compte qu’il se jouait là quelque chose d’important. Et puis, ça fait plus de trois siècles qu’on écrit des opéras, que tout le monde continue à aller voir cela alors, il doit y avoir quelque chose, quelque chose d’important dans cette histoire d’opéra.

Avec le temps, en m’y intéressant légèrement plus, je me suis rendu compte qu’il y a dans la mode plus de profondeur que ce que l’œil du profane pourrait y voir. C’est un monde léger, coloré et qui s’amuse, à l’image des robes de Lady Gaga conçues par Jean-Charles de Castelbajac. C’est un monde qui travaille, énormément, sans cesse, toujours sur la brèche, toujours porté vers l’avenir. La mode est ancrée dans le contemporain et est donc connectée au monde en permanence. Et puis ce qu’il me plaît le plus et qui est une qualité partagée avec les compositeurs de hip-hop, les « modeux » sont curieux : ils s’intéressent à tout, leur culture est certes superficielle mais s’étend à l’ensemble des styles musicaux, aux modes de vie des gens, au design, à l’art.

La mode est profondément liée à la société et dicte bien des comportements sociaux ! L’appartenance à un groupe social implique une certaine tenue vestimentaire. Que l’on s’intéresse ou non aux vêtements, on ne peut nier l’importance de ces bouts de tissus sociologiquement parlant. Tout n’est donc pas futile dans la mode (et quand bien même, ce n’est pas grave) et les détails auxquels elle semble s’attarder n’en sont pas !

Voici un extrait du génialissime Randall White, spécialiste de l’art et de la parure du Paléolithique supérieur européen, il est professeur d’anthropologie à l’université de New York (NYE) ; cet extrait provient de l’article Un Big Bang socioculturel paru dans La Recherche :

Prenons un exemple : un anneau porté au nombril renvoie à des associations métaphoriques complètement différentes d’un anneau porté à l’annulaire de la main gauche. En outre, l’évocation ne sera pas la même selon le matériau, or, platine ou cuivre. De même qu’une lettre écrite sur du papier vergé à en-tête, imprimé en relief, sera plus solennelle que si elle est écrite sur du papier ordinaire. Pourtant il n’y a aucune signification inhérente à l’or, au papier vergé, à l’annulaire de la main gauche, ni même à la forme circulaire. Les symboles sont en fait représentés sous des formes matérielles culturellement convenues, dont le sens subjectif échappe aux individus d’une culture différente.

Du « sens subjectif » qui échappe à certaines personnes au « sens du beau » ou « sens artistique », il n’y a qu’un pas ! La culture dans l’appréciation d’une œuvre est donc primordiale, de même que le palet d’un œnologue s’éduque pour apprécier tous les parfums d’un bon vin ! C’est ainsi qu’après la lecture de livres sur l’art, la présence à des conférences sur des domaines que je ne connaissais pas et l’intérêt de l’ignare en mode que je suis pour ce milieu, je suis passé du déni à l’appréciation.

DÉNIER

Refuser (le plus souvent injustement) d’accorder que quelqu’un possède ou puisse posséder telle qualité, tel droit.

APPRÉCIER

Porter un jugement favorable sur une personne ou une chose, en reconnaître la valeur, la qualité, l’importance.

La société fonctionne avec des sphères sociales :  les artistes, les agents immobiliers, les informaticiens, les journalistes, les commerciaux, …etc. Chaque sphère a une part d’invisible et il est frustrant pour leurs acteurs de ses sphères, sinon blessant, que cette part soit déconsidérée par autrui.  Les sphères sociales sont différentes, s’entrecroisent rarement, s’observent et se jugent. Il en résulte une vision biaisée et bien souvent peu flatteuse de ce que l’on ne connait pas. L’ignorance doublée d’un manque d’ouverture d’esprit nous amènent à dénigrer certains milieux.

Dans mon ancienne vie, je ne comprenais pas que mes parents ne me comprennent pas ! Je passais des nuits entières à développer des logiciels informatiques et j’étais fier de la manière avec laquelle je réalisais ces programmes. Lorsque je présentais le produit fini, j’aurais voulu que l’on s’intéresse à l’envers du décor, à la beauté de telle ou telle partie du programme et je ressentais les remarques superficielles, sur ce que l’on voit, comme un véritable déshonneur face à mon travail. L’histoire se suit et se répète lorsque je fais une photographie et que la seule question qu’on va me poser porte sur l’appareil photo utilisé ou et le diaphragme employé !

Mais je ne peux pas en vouloir à mes congénères, je suis exactement comme eux ! Je suis le premier à poser des questions sans intérêt réel dans l’approche et la réalisation d’un travail.

On retrouve là peut-être l’essence même de ce qu’est un artiste : une manière de faire les choses impossible à décrire car trop dans le ressenti, la sensation et une singularité dans l’action et le geste que l’on ne peut verbaliser. Au fond, on pourrait se dire qu’importe ce que pense Stravinski, ce que  ressent Rubens, leur œuvre est le meilleur reflet de la profondeur et l’élégance de leur esprit. Le fond d’un artiste est impénétrable et c’est ce qui le rend hors normes, magique dans une certaine mesure. La nature de l’esprit est la signature du créateur. Le pinceau suit la main, dirigée par le cerveau. Comme le disait Léonard de Vinci au sujet de la peinture, l’art est une « cosa mentale ».

Si les méandres de la pensée de l’artiste sont impénétrables, il peut en être autant de son œuvre finie !

Le duo d’artistes Lernert & Sander est parti du constat qu’il est difficile d’expliquer à ses parents son travail artistique (au sens où ce n’est pas une large fumisterie et juste du grand n’importe quoi !) pour réaliser une série de documentaires vidéos intitulée How To Explain It To My Parents où des artistes plus ou moins connus, plus ou moins jeunes, s’assoient avec leurs parents autour d’une table et tentent d’expliquer leur démarche et leur activité. Le résultat est touchant, vrai et assez emblématique des deux sphères qui se voient sans se comprendre. Cette confrontation d’opinion s’étend bien au-delà du cercle familial.

Grâce à une ouverture sur le monde, à un intérêt de l’inconnu et l’extension de sa culture personnelle, on peut apprécier ce que l’on déniait auparavant et revoir sa position. En art, la richesse et la multiplicité des niveaux de lecture d’une œuvre font que ces révisions sont permanentes. Un jour cette œuvre sera un chef d’œuvre, le jour suivant elle sera une imposture. Les approches sont tellement différentes que l’évaluation d’une œuvre est un rubik’s cube pour n’importe quel amateur d’art et a fortiori pour le critique.

Beaucoup d’œuvres d’art, surtout maintenant, sont inaccessibles. Elles présupposent une culture qui officiera comme un éveil. Mais, si avoir le bagage nécessaire pour recevoir mentalement une œuvre d’art est une chose, pouvoir déterminer si cette peinture ou cette photographie relève du pipeau intégral ou d’un véritable chef d’œuvre est une autre affaire !

J’ai dans ma « boîte à chaussures virtuelle » un schéma que je présenterai dans un prochain article permettant d’évaluer une œuvre et de comprendre la versatilité permanente d’un bon critique d’art.

En attendant, je vous laisse découvrir les peintures de l’artiste Roat Romano Chocalescu (!) et aussi, pour le plaisir, la bande-annonce du film Musée Haut, Musée Bas de Jean-Michel Ribes.

Roat Romano Choucalescu, un « destructureur d’intemporalité »

Bande-annonce de Musée Haut, Musée Bas


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Pyrénées espagnoles. Août 2010. Photo : Jean-Romain Pac.

Pyrénées espagnoles. Août 2010. Photo : Jean-Romain Pac.

Portrait de Camille Levert

30 juillet 2010

Courant juillet, Camille Levert est venue me rendre visite, accompagnée de son Leica pour réaliser mon portrait. Camille est photographe indépendante, elle tient un blog éclectique qui parle évidemment de photographie mais pas uniquement ! Ses articles portent aussi sur la botanique, la presse, ses bons plans, et comble du luxe – contrairement à mon blog – vous pouvez laisser des commentaires !

J’ai rencontré Camille lors d’un déjeuner avec Anne-Cécile, une amie dont les centres d’intérêt sont au moins aussi nombreux que les miens ;-) ! Elle est journaliste, photographe, éditrice photo et se focalise sur tous les supports visuels pour ses projets personnels. Elle dévoile ses coups de cœur culinaires et artistiques via son blog Being Here et diffuse des entretiens audio avec de grands photographes sur un blog Arte Radio, Being There.

Polaroid 4x5". Camille Levert, juillet 2010, Paris. Photo : Jean-Romain Pac.

Polaroid 4x5". Camille Levert, juillet 2010, Paris. Photo : Jean-Romain Pac.

Ce billet, il faut bien l’avouer, est un peu de l’auto-promotion car son objectif est de relayer l’article qu’a écrit Camille à mon sujet. Ce papier fait partie de sa série d’articles « Deux heures avec… » qui sont des portraits écrits et photographiques publiés sur son blog. Camille rencontre pendant deux heures (en pratique, souvent un peu plus) une personne en se rendant à son domicile, discute avec elle et capte les motifs représentatifs de l’univers de son sujet avec son appareil photo.

Pour illustrer mon propre article, je me suis dit que le plus logique serait de présenter le portrait photographique de Camille ! Je suis donc allé chez elle mercredi après-midi pour réaliser quelques images.

J’ai apporté ma chambre photographique, chargée en films Polaroid et un appareil moyen-format dont j’adore spécialement le rendu (le flou des optiques Mamiya). Ce serait l’appareil photo que je choisirai pour partir sur une île déserte ! Les photos qui illustrent cet article proviennent donc de cette séance photo.

Pour consulter l’article de Camille, il vous suffit de cliquer sur ce lien :

« Deux heures avec Jean-Romain Pac »

Camille Levert, juillet 2010, Paris. Photo : Jean-Romain Pac.

Camille Levert, juillet 2010, Paris. Photo : Jean-Romain Pac.

Bonne lecture !

Patrick Swirc photographie Béatrice Dalle, les dessous de la séance photo

22 juillet 2010


Béatrice Dalle photographiée par Patrick Swirc pour Télérama.

Béatrice Dalle photographiée par Patrick Swirc pour Télérama.

Ce mercredi là, en début d’après-midi, j’interroge l’un des régisseurs du studio :

– Olivier, je peux me mettre sur le plateau de Patrick Swirc vendredi ? Je connais un peu son travail et j’aimerais assister à la prise de vue.

– Oui, pas de souci, marque-toi sur le tableau.

Pour une fois, j’allais être sur du portrait et pas sur les habituels plateaux de mode ou de catalogue. La mode, ça peut être intéressant mais dans la majorité des cas, l’image est déjà faite : tout est contrôlé, formaté, sur-vérifié. Le client a le plein pouvoir, y compris celui de faire une image à la savonnette : lisse et insipide.

J’arrive donc sur le plateau le vendredi un peu avant midi. La séance photo sera exceptionnellement courte : normalement les plateaux sont loués à la journée et les prises de vue débordent toujours un peu. Sébastien, l’assistant-plateau, m’informe qu’aujourd’hui la séance ne devrait durer qu’une partie de l’après-midi.

Le photographe et son assistant arrivent, on se présente mutuellement. Patrick tutoie tout le monde sur le plateau et appelle les personnes par leur prénom : ça met vraiment à l’aise et surtout on se sent beaucoup plus impliqué.

Daniel, son assistant personnel, joue le rôle de doublure lumière le temps de la construction de l’éclairage. Patrick parfait la configuration de l’ordinateur portable relié à son boîtier, notamment sur le travail en chromie.  Sébastien, Daniel et moi installons les flashes, les diffuseurs et les panneaux de polystyrène pour éviter que la lumière ne tourne et rebondisse sur les murs. Le photographe nous donne ses directives et on ajuste les différents éléments : toile de spi, girafe avec flash et parapluie, panneaux bicolores en polystyrène, …etc.

Finalement, les choix pour la lumière sont arrêtés et l’éclairage définitif est mis en place lorsque Béatrice Dalle arrive sur le plateau. Elle se présente, nous vouvoie – plus par politesse que par froideur – et s’éclipse dans les cabines pour être coiffée et maquillée.

Pendant ce temps, nous discutons de divers sujets photographiques avec le reste de l’équipe et je me propose indirectement pour gérer la musique pendant la prise de vue. Patrick me briefe très légèrement :

– Bon JR tu me mets un truc qui bouge hein ! Je veux quelque chose de dynamique !

– Ok, pas de souci !

Je suis sur de mon coup, ce sera du The Ting Tings, Madcon, Le Tigre, Justice, Michael Jackson, Vitalic et autres Chicks on speed !

Au moment où Béatrice entre à nouveau sur le plateau, il est 15h30. A partir de là, tout s’accélère.

Elle se positionne, debout, dans cette zone sans issue constituée à gauche et à droite par les panneaux noirs et derrière par le fond blanc. Le photographe est en face, debout aussi. Il tient l’appareil photo à main levée.

Tout s’enchaîne très vite. Patrick commence à parler, déclenche. Je mets la musique et les éclairs du flash, telle une concurrence visuelle, créent leur propre rythme, essayant de prendre le dessus sur les percussions de la chanson. A chaque déclenchement, un spectacle audiovisuel éphémère a lieu. Le son est assuré par le CLAC-CLAC du miroir de l’appareil photo et l’image par les centaines de joules envoyés par la torche qui éclaire la scène. On me fait signe de monter la musique. « Shut up » de The Ting Tings est en train de saturer les baffles alors que Patrick dirige Béatrice à la force de sa voix.

Au bout de quelques secondes seulement, l’actrice quitte le plateau : la musique ne va pas. Elle vient vers moi et m’indique Wu-Tang Clan. Bien sûr ! Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ?! Ce que je mettais était bien trop commercial, évident, hors-sujet pour cette personnalité.

La playlist est maintenant chargée en morceaux de hip-hop américain et la séance reprend. Sébastien me voit rester timidement derrière la lumière et de fait, je suis en marge de la séance photo ! Je n’ose pas aller à côté de la station numérique pour voir la prise de vue lorsqu’il me dit : « Mais tu peux aller là-bas tu sais ! Tu es aussi là pour voir comment ça se passe ! ».

Léger sourire gêné ; je me dirige donc vers une ouverture du décor, là où tout le monde est finalement, en train de regarder la séance photo.

Béatrice Dalle photographiée par Patrick Swirc pour Télérama.

Béatrice Dalle photographiée par Patrick Swirc pour Télérama.

Patrick Swirc dirige énormément, parle fort : « Ouais comme ça ! Super ! Mets ta main dans tes cheveux. Oui. Non. Super ! ». Les mots sont laconiques, simples, efficaces. Avec lui, c’est direct, quasi-animal. Tout se joue dans le relationnel, la connexion entre le photographe et son sujet est directe, la relation est franche, sincère, professionnelle, un peu comme dans cette légendaire séquence de Blow-Up d’Antonioni où le photographe crie sur la modèle « WORK ! », ce à quoi elle répond par une communication non verbale, elle donne, livre son image et une partie d’elle-même. C’est comme en dessin : moins il y a de réflexion, plus c’est rapide et plus on atteint la justesse, on obtient de la spontanéité tout en conservant un certain contrôle.

Légèrement hors champ, la coiffeuse (?), la styliste (?) dirige un ventilateur directement vers l’actrice. Ses cheveux volent, le visage est dégagé mises à part quelques mèches rebelles qui redessinent plusieurs lignes noires du front aux joues.

Le photographe déclenche, mitraille, continue de lui parler, presque en permanence. Un instant il se retourne vers Daniel à la station numérique où toutes les photographies arrivent en direct. Le responsable du service photo de Télérama entre dans le plateau, rejoint l’assistant derrière l’écran pour voir les images défiler. Patrick interroge le duo :

« Alors il s’passe un truc là ?! »

Les deux hommes acquiescent et la séance photo recommence de plus belle, avec un dynamisme augmenté. L’état de transe est quasi-perceptible.

15h45.

Tout est terminé. Quinze minutes ont suffi. Des centaines de photos ont été prises. Tout a été créé, capté.

Béatrice Dalle quitte le plateau avec ces paroles, étonnée : « Quelle énergie !! Çà fait plaisir à voir ! » et rejoint les cabines.

Patrick et le client commencent l’éditing, commentent les photos.

Sébastien, Daniel et moi déconstruisons la lumière et rangeons le matériel. Béatrice Dalle part peu de temps après.

Vers 17h30 – 18h00, je ne me souviens plus exactement, le plateau est calme et silencieux. Patrick et les quelques personnes restantes sont assis et discutent.

Ce jour-là je dois partir tôt, je dis au revoir à l’ensemble de l’équipe. Pour un dernier jour de stage au studio, je viens de vivre la séance photo la plus marquante des six dernières semaines.

Les photographies paraîtront dix jours plus tard en couverture de Télérama et en pages intérieures.

Couverture de Télérama n°3143 avec Béatrice Dalle. Photographie : Patrick Swirc.

Couverture de Télérama n°3143 avec Béatrice Dalle. Photographie : Patrick Swirc.

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Phase One 645 DF vs. Nikon D700

19 juillet 2010

Lors de ma prise de vue du samedi 3 juillet, j’ai utilisé un appareil photo haute résolution. Il s’agit d’un triplet boîtier-objectif-dos numérique :

  • Boîtier : Phase One 645 DF, boîtier moyen format pour dos numérique (un mélange entre les exigences de Phase One et le savoir-faire de Mamiya, racheté par la société danoise)
  • Objectif : Mamiya 120 mm F/4
  • Dos numérique : Leaf Aptus-II 8 (40 Mpx).

Comme à mon habitude, j’aime tester le matériel que j’utilise et connaître ses limites.

Boîtier Phase One 645DF avec l'optique Mamiya 120 mm F/4 Macro. Photo : Jean-Romain Pac.

Boîtier Phase One 645DF avec l'optique Mamiya 120 mm F/4 Macro. Photo : Jean-Romain Pac.

Pour déterminer quel est le meilleur piqué du système et savoir par la même occasion à quel diaphragme il se situe, j’ai crée un banc de test rapide avec des chartes et des reproductions de tons chair. Le centre de la charte est composé d’une coupure de magazine avec de la typographie, l’un des motifs les plus représentatifs pour évaluer le piqué d’un objectif.

Je dispose d’un Nikon D700 et je trouvais intéressant de mettre les deux systèmes en comparaison, même si les deux boîtiers ne jouent pas dans la même cour. Le couple Phase One avec le dos Leaf Aptus-II 8 propose une image de 40 mégapixels (sur un capteur de 44 mm x 33 mm) alors que le Nikon D700 créé des images de seulement 12 mégapixels (avec un capteur de 24 x 36 mm).

Il faut donc presque quadrupler la surface finale pour arriver à la résolution du moyen format !

Ensemble du sytème : optique Mamiya 120 mm F/4 Macro, boîtier Phase One 645 DF et enfin dos numérique Leaf Aptus-II 8 au premier plan. Photo : Jean-Romain Pac.

Ensemble du système : optique Mamiya 120 mm F/4 Macro, boîtier Phase One 645 DF et enfin dos numérique Leaf Aptus-II 8 au premier plan. Photo : Jean-Romain Pac.

Vue d’ensemble

Vue d’ensemble de l’image prise au Nikon D700.

Vue d'ensemble de l'image-test. Nikon D700, optique Nikkon AF-S 24-70 mm F/2.8 ED-IF.

Vue d'ensemble de l'image-test. Nikon D700, optique Nikkon AF-S 24-70 mm F/2.8 ED-IF.

Vue d’ensemble de l’image prise avec le boîtier Phase One.

Vue d'ensemble de l'image-test. Phase One 645 DF, dos Leaf Aptus-II 8, optique Mamiya 120 mm Macro F/4

Vue d'ensemble de l'image-test. Phase One 645 DF, dos Leaf Aptus-II 8, optique Mamiya 120 mm Macro F/4

Comparaison à 100%

Pour comparer les deux images, je les ai importées dans deux logiciels de dématriçage et ai généré des JPG en laissant les paramètres par défaut :

  • Phase One 645 DF : fichier brut MOS, ouvert dans Capture One 5 DB
  • Nikon D700 : fichier brut NEF, ouvert dans Lightroom 3 (avec le profil D700 pour Lightroom)

Une fois les images JPG générées, je les ai affichées à 100% dans Photoshop pour les comparer.

Vue à 100% de l’image Nikon (centre de l’image)

Zoom à 100% sur l'image prise au Nikon D700.

Zoom à 100% sur l'image prise au Nikon D700.

Vue à 100% de l’image Phase One / Mamiya / Leaf (centre de l’image)

Zoom à 100% sur l'image prise au Phase One 645 DF.

Zoom à 100% sur l'image prise au Phase One 645 DF.

Le résultat est stupéfiant. L’image au Nikon semble molle (certainement le post-traitement doux par défaut de Lightroom sur l’accentuation face au rajout de netteté efficace de Capture One) alors que celle provenant du moyen format est arrachée, c’est-à-dire d’un piqué excellent.

Le détail sur la bande adhésive noire notamment montre les possibilités de l’optique Mamiya.  Le contraste de l’image faite au moyen format est vraiment appuyé sans être exagéré. Les dernières optiques Mamiya dont celle que j’ai utilisée fait partie ont été conçues pour pouvoir assurer du détail même avec un dos de plus de 60 Mpx en fin de course.

Il est donc naturel que ces objectifs, conçus pour les derniers capteurs numériques aient un rendu si spectaculaire. Mamiya ne communique pas sur son site les courbes MTF de ses optiques mais en faisant un rapide calcul, on obtient une résolution d’environ 80 cy/mm pour une courbe MTF d’au moins 50%.

Le véritable problème pour mon projet personnel SURFACE est la profondeur de champ. Tout d’abord le numérique est beaucoup plus exigeant que l’argentique sur la mise au point. Une image out-of-focus en argentique passera beaucoup mieux qu’une image floue numérique. Ceci est certainement du au grain du film qui continue de créer de la matière même dans les zones sans détail.

De plus, le sujet sera à un peu plus d’un mètre du plan focal. Avec une optique de 120 mm, à F/11, dès que le sujet bouge un peu, il sort de la zone de netteté !

Voilà un réel problème que je devrai résoudre d’une manière ou d’une autre, sans faire une croix sur l’excellent piqué dont cet objectif est capable.

Vue rapprochée de la bague de mise au point de l'objectif Mamiya et de la règle de profondeur de champ. Photo : Jean-Romain Pac.

Vue rapprochée de la bague de mise au point de l'objectif Mamiya et de la règle de profondeur de champ. Photo : Jean-Romain Pac.

Note sur la méthode

La comparaison entre les deux systèmes, au-delà de son absurdité (12 Mpx vs 40 Mpx !) admet d’autres limitations :

  • L’image Phase One a été prise avec le meilleur diaphragme pour un rendu maximal du piqué soit F/11 d’après mes tests. Pour une raison que j’ignore, j’ai positionné le diaphragme du zoom Nikon à F/16 qui est à deux stops de son meilleur piqué (F/8) donc l’optique Nikon n’a pas été utilisée dans ses meilleurs conditions.
  • Normalement, les deux fichiers RAW auraient du être ouverts dans le même logiciel de dématriçage pour ne pas laisser l’interprétation numérique jouer un rôle dans le rendu de l’image mais je ne dispose pas d’une version entière de Capture One 5 pour y importer les fichiers MOS et NEF.
  • Enfin, le cadrage est un peu plus serré sur le moyen format donc plus avantageux pour ce dernier.

Quoiqu’il en soit, le but de ce test était double : connaître le meilleur piqué de l’optique Mamiya (ce que j’ai pu mesurer, F/11) et voir de manière grossière la différence entre les deux systèmes, ce que les images montrent de manière évidente.

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A l'écart du mariage. Photographie : Jean-Romain Pac.

A l'écart du mariage. Photographie : Jean-Romain Pac.

Journée d’essai lumière au Studio Bleu

16 juillet 2010

Pour mon projet SURFACE, un travail personnel en cours de réalisation, j’ai une idée assez spécifique du type d’éclairage que je veux, ou plutôt de celui que je ne veux pas. Il fallait donc que je dédie une journée entière à des essais lumière pour être sur d’avoir l’éclairage final du projet.

De plus, le matériel de prise de vue est peu commun, un boîtier moyen-format avec dos numérique pour obtenir une image de 40 cm par 60 cm à 300 dpi. Il était donc indispensable de prendre en main l’appareil photo avant le lancement du projet.

Arnaud est en train de vérifier l'exposition avec le flashmètre.

Arnaud est en train de vérifier l'exposition avec le flashmètre.

Samedi 3 juillet, j’ai donc loué un ensemble boîtier-objectif-dos moyen format numérique ainsi que le Studio Bleu pour une journée dédiée aux essais lumière et boîtier. Le lieu est très agréable et l’accueil chaleureux, c’est important pour un studio photographique ! De 9h à 18h on a enchaîné les essais pour coller au maximum à ce que je cherchais comme type de lumière pour ce projet. Au-delà de mon indécision, malgré une image de référence que j’avais pré-imprimé, extraite d’une publicité, on n’a pas réussi à reproduire exactement la photographie qui nous servait de modèle.

Boîtier Phase One 645 DF avec Mamiya 120 mm Macro F4 et le dos Leaf Aptus-II 8, prêt à l'emploi.

Boîtier Phase One 645 DF avec Mamiya 120 mm Macro F4 et le dos Leaf Aptus-II 8, prêt à l'emploi.

Arnaud, un assistant-photographe et graphiste que j’ai connu au Studio Rouchon est venu m’aider pour la mise en lumière et les différents essais. Des amis sont passés tout au long de la journée pour jouer le rôle de modèle. C’est à ce moment que j’ai compris Paolo Roversi. Photographe de mode italien travaillant à Paris, il dispose de son propre studio et il a fait installer le parquet de son précédent plateau pour se retrouver comme chez lui, comme dans un cocon.

Quand je fais des tests chez moi, avec ma musique, mes tapis, mes flashes je me sens bien et libre dans mes pensées. Je peux contrôler tout le matériel, je n’ai aucune limite de temps et peux donc produire un travail de qualité. Pendant la journée d’essai lumière, c’était différent. Le fait d’être entouré, de ne pas être seul m’a fait ressentir cette perte de contrôle et d’intimité que j’avais déjà éprouvé quand j’ai réalisé mon court-métrage il y a plusieurs années. C’est un réel frein à la concentration et je me demande toujours comment les photographes qui travaillent avec de grandes équipes (Annie Leibovitz, Ruven Afanador, …etc) et a fortiori les réalisateurs de cinéma peuvent créer en totale sérénité et se concentrer alors que dès qu’il y a une autre personne dans la pièce, ça bloque toutes mes idées. Je ne sais pas si c’est une histoire de personnalité ou de maturité/confiance en soi.

Vue de la scène derrière l'appareil photo. Le dispositif final sera différent.

Vue de la scène derrière l'appareil photo. Le dispositif final sera différent.

Retour sur le plateau et à cette journée d’essai lumière !

On a essayé plusieurs types d’éclairage : direct, avec bol beauté, avec ring flash, …etc et je ne suis qu’à moitié satisfait du résultat en épluchant la centaine d’images prises pendant la séance. Après une seconde lecture des éclairages construits, la piste que l’on a initiée est bonne mais mérite d’être adaptée ! L’éclairage photographique est une question de dosage, de position des sources, une alchimie assez empirique finalement.

Editing de la séance photo et premières retouches sous Lightroom 3.

Editing de la séance photo et premières retouches sous Lightroom 3.

Je pense pouvoir finir les tests chez moi. A priori, le prochain rendez-vous que j’aurai avec le Studio Bleu sera pour le jour de la prise de vue réelle.

Stay tuned !

Derniers dessins

14 juillet 2010

Hier, je n’ai pas pu assister au premier cours de dessin de cette semaine – des photos à traiter pour le soir -. Aujourd’hui, j’ai donc pris en cours de route cette seconde semaine de stage, avec un nouveau professeur : Filip Mirazovic, artiste-peintre. L’enseignement est complètement différent qu’avec Tarik et c’est justement intéressant d’avoir ces deux visions du dessin.

Tarik est plus précis dans ses conseils et parle peu de technique, il aborde l’anatomie comme une mécanique qu’il faut comprendre et ressentir ; arriver à saisir la cohérence du corps humain. Filip quant à lui accorde plus d’importance aux méthodes de construction du dessin (commencer par telle partie, découper le corps en tronçons, …etc) mais reste plus vague dans certains de ses commentaires.

L’un est adepte des poses longues, l’autre des poses ultra-courtes. Quoiqu’il en soit, beaucoup de termes sont communs aux deux, comme celui de la justesse du dessin.

Un dessin juste n’est pas forcément exact. Michel-Ange ne dessinait pas des proportions exactes mais ces œuvres sont foncièrement justes.

De même, le trait comme le dessin doit être simple, dynamique et vivant : une constante dans le discours des deux professeurs. Ca me fait plaisir d’entendre des propos qui collent à ma vision de l’art, à savoir la réalisation d’une œuvre pas forcément « trop technique, trop belle » mais qui soit forte. Une beauté sans mièvrerie en quelque sorte. Souvent Tarik disait quand il regardait nos dessins « là tu vois c’est bien mais c’est trop timide ! » et Filip : « appuyez votre trait, soyez mégalos ! ». Bien évidemment il y a de l’exagération dans sa manière de le dire mais l’idée est là.

Jean-François, un stagiaire qui était aussi présent en première semaine me parlait de Picasso pendant la pause déjeuner et il m’a dit une phrase qui m’a marqué : « tu vois, Picasso, dès qu’il se mettait à peindre ou dessiner, il concevait tout comme une création ». Pas de répit, Pas de repos. Une pratique éprouvante mais voilà la vérité de l’art, des sacrifices pour être dans la création en permanence, c’est-à-dire dans la remise en question de sa pratique tout en montant son exigence personnelle.

Bref, voici trois de mes derniers dessins classés par ordre chronologique.

Dessin #1

Nu. Crayon sur bloc de papier. Jean-Romain Pac, Paris. 7 juillet 2010.

Nu. Crayon sur bloc de papier. Jean-Romain Pac, Paris. 7 juillet 2010.

Dessin #2

Nu. Crayon sur bloc de papier. Jean-Romain Pac, Paris. 9 juillet 2010.

Nu. Crayon sur bloc de papier. Jean-Romain Pac, Paris. 9 juillet 2010.

Dessin #3

Nu. Fusain sur bloc de papier. Jean-Romain Pac, Paris. 13 juillet 2010.

Nu. Fusain sur bloc de papier. Jean-Romain Pac, Paris. 13 juillet 2010.