Insulte-moi, tu ne fais que m’en dire plus sur toi

Pour une fois, un article écrit à chaud.

Je vais me plaindre. Oui, j’en ai marre de ne plus pouvoir prendre de photos dans la rue simplement, sans recevoir une insulte, une agression verbale. On n’a plus le droit de créer des images, c’est ça ? Jusqu’à preuve du contraire, la rue est un lieu public et j’ai le droit (c’est bien un droit) de prendre des photos, rien ne m’y empêche : ni le modèle, ni l’état.

Alors, pourquoi lorsque j’ai un appareil devant mon visage je deviens un terroriste ? Si les gens se sentent agressés, ce n’est certainement pas mon comportement, qui n’a pas changé depuis des années sur ce type de photos. Sauf que l’on est dans une société de l’image et la sacro-sainte « propriété privée » française, qui s’est étendue à l’image des gens devient une chasse gardée.

C’est mon image. D’où tu m’prends en photo toi ? Vas-y barre-toi.

La dernière fois je regardais un documentaire sur Les Halles. Deux filles avaient atterri au poste de police pour en avoir frapper d’autres. « Ouais mais elle m’avait regardé. Sérieux c’est commence ça tu vois, elle me regarde, je la frappe ».

Martin Parr le disait dans une interview, il n’a jamais eu autant de difficultés à faire des photos qu’en France. Les anonymes qui se prennent pour des stars à croire que, vraiment, leur image est importante et les forces de l’ordre qui viennent nous voir pour peu que l’on fasse des photos dans une gare, galerie marchande, à côté d’un monument dont la propriété est celle de l’architecte.

Ça devient franchement n’importe quoi.

C’est symptomatique d’un malaise. Les gens ont un problème avec leur image et l’agression qu’ils croient percevoir n’est que le reflet de leur état profond, incertain, qu’ils désirent contrôler parce qu’au fond ils manquent de confiance en eux et de maturité. Alors, quoi de plus simple, tel un enfant battu qui répercute les violences qu’il a subi sur ses propres enfants, que d’exprimer son mal-être sur cette forme humaine qui lui fait face, le photographe.

La photographie sociale relève bel et bien plus du développement personnel que d’une représentation visuelle.

Regardez la prochaine fois qu’une personne sort un appareil photo en soirée : ceux qui font un sourire forcé, ceux qui cachent leur visage avec leurs mains, ceux qui fuient l’objectif ou ceux qui, simplement, continuent leur vie car ils sont passés à l’étape supérieure.

La photographie révèle nos traumas.

Galeries Lafayette. 2009.

Galeries Lafayette. 2009.

site. Les commentaires sont actuellement clos, mais vous pouvez trackback depuis votre site

Les commentaires sont fermés.