Il n’y avait pas de doute, j’étais bien en IDZap !
Tout avait pourtant bien commencé. Trajet Paris-Toulouse en TGV un lundi matin aux aurores, de quoi finir ma nuit pendant le voyage, comme tout bon zombie-noctambule qui se respecte.
Cette fois-ci, je n’allais pas me faire avoir. La SNCF propose deux types de voitures pour satisfaire ses clients : IDZen pour les voyageurs en quête de calme et de tranquillité et IDZap, pour ceux dirons-nous… plus éveillés !
IDZap, si vous voulez, c’est l’ambiance que mettent les fumeurs (cf. sketch de Gad Elmaleh) dans leurs zones dédiées : plus vivant, plus funky :-).
Bref, l’expérience m’avait montré que comme tout le monde réserve pour être dans les wagons Zen, familles avec enfants compris, on obtient tout sauf de la sérénité. En découle un certain sentiment de coup de poignard dans le dos, machiavéliquement commandité par la société nationale des chemins de fer français !
Donc, mes billets avaient été réservés, pour une fois en IDZap. Brin de folie me direz-vous pour une personne qui désire du silence, vraie rébellion intellectuelle ou esprit révolutionnaire dans l’âme… je ne pourrai vous dire mais je me trouve comme indiqué sur mon billet en voiture 15, place 13.
Je suis dans un bloc de quatre à moitié vide. A ma droite, une jeune trentenaire aux longs cheveux frisés lit Le Monde Diplomatique. En face, les deux places sont vides. A ma gauche, de l’autre côté du passage, le bloc de quatre est occupé par une jeune famille : le père, la mère et une petite fille, Chlöé – puisque ses parents l’appellent ainsi – d’environ 2-3 ans, habillée d’un violet absolument identique à celui des sièges.
Elle est calme et dès qu’il y a un léger haussement de la voix, sa mère – style candidate pour l’émission « Attention à la marche » (vous voyez ?!) – la reprend à l’ordre immédiatement.
Je m’auto-félicite donc intérieurement de ce coup génial, de cette stratégie sans failles d’avoir choisi IDZap pour, paradoxalement, m’assurer un voyage tranquille et sans cris !
Sauf que la vie est faite de rebondissements et ce charmant petit ange de Chlöé est devenu en quelques minutes un délicieux monstre ambulant, livré avec 60 décibels de série et des propos compréhensibles en option seulement.
Je sens ma voisine de droite détecter le drame qui allait rendre un banal voyage en train en Fear Factor improvisé. Elle s’assoupit de plus en plus, comme pour se forcer à ne plus entendre et, tenter d’échapper à cette violente expérience.
La mère ? Elle a quitté le registre du « Chut, Chlöé, on n’est pas tout seuls ici, il y a des gens autour ! » pour sombrer dans l’empathie la plus totale, encouragée par le père, très bon public à ce One Little Girl Show initié par sa fille. Les remarques de Chlöé n’avaient pourtant rien d’hilarant mais, forcément, quand on est parents, on a cette indulgence envers les faits et gestes de ses propres enfants que bien des étrangers au cercle familial ne peuvent apprécier à leur juste valeur.
Sans aucun doute, je rentrais dans la case des insensibles aux « charmes » des onomatopées enfantines aussi incompréhensibles que stridentes ! M’est alors de suite venu à l’esprit le sketch de Florence Foresti sur les enfants. Malheureusement, j’étais auto-censuré par mon sur-moi, sans quoi, je me serais laisser surprendre à lâcher à voix haute un jouïssif « Mais, laissez-moi lui mettre une claque dans la gueule ! » tout droit sorti d’un sketch de Jean-Marie Bigard et qui aurait fait office d’exutoire thérapeutique. Je vous conseille d’ailleurs vivement, dans le même registre, le sketch de François Pérusse sur les jeunes parents, grand moment d’anthologie !
Malgré tout, cette scénette m’amusait parce qu’elle est profondément sociale et rien n’est plus intéressant que d’analyser les gens et d’assister à la pièce de théâtre de leurs comportements.
Le voyage continua, plus calme, et j’écrivais sur le vif ces quelques lignes.
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