Hommage à la photographie de mariage
Dans la photographie, il y’a les photographes de presse, de mode, d’art, de paysage, … et de mariage.
Au regard de la société, il se doit de choisir car de cette décision dépendra son prestige, son talent et sa position dans la grande pyramide des métiers admirés. En bas, vous retrouverez le photographe de mariage.
L’envers du décor est tout autre.
Bonjour, voilà je m’appelle Stéphane et j’ai eu vos coordonnées par Carole, la femme de Nicolas. Ma compagne et moi voulons nous marier le 15 juin prochain. On aimerait savoir si vous étiez disponible ce jour-là pour être le photographe du mariage ?
Le premier contact est souvent très formel : on parle prestation, tarifs, disponibilité, lieu. Rien de bien excitant.
Mais, au fur et à mesure que l’on s’approche de l’événement, nous nous rapprochons humainement parlant aussi. Je provoque un rendez-vous où les deux futurs mariés seront présents et fais connaissance avec le couple. C’est amusant de voir les jeunes fiancés pendant ces moments car lors des décisions à prendre pour les photos, il y’a souvent désaccord. On se confronte alors à deux visions distinctes, représentatives de l’image qu’une personne veut donner à la société et à son entourage proche au travers de l’événement d’une vie.
Bien que la plupart des couples viennent des mêmes catégories socio-professionnelles, on se rend compte que les principes internes à chaque famille sont différents et révélés lorsqu’il s’agit de déterminer s’il faut des photos posées, en groupes, kitsch, mises en scène ou naturelles.
Au niveau du vocabulaire, certains raccourcis deviennent des grands classiques et trahissent une culture assez limitée dans certains domaines. Aussi, on dira des « photos artistiques » pour évoquer des « photos originales » ! Mais qu’importe, la photographie de mariage c’est ça finalement : traduire les demandes du client, le comprendre, l’observer.
Le jour du mariage, rien ne doit être laissé au hasard. C’est un métier complet et complexe.
Il faut être excellent technicien, connaître son matériel à la perfection ; être en très bonne tenue physique pour supporter une journée complète, debout, avec presque 10 kg de matériel sur soi ; être à l’affût en permanence pour saisir des instants forts et fugaces qui ne se reproduiront pas ; être organisé et rigoureux car beaucoup de photos sont incontournables.
Un simple oubli ou échec technique lors de la signature des registres peut ternir l’ensemble de la prestation photographique, même si toutes les autres photos sont excellentes. Quelque part, la photographie de mariage n’est pas indulgente. Elle ne tolère pas l’oubli ou le manquement. Le client est exigent et le cahier des charges précis.
Enfin, la principale qualité à avoir a attrait à l’humain et au relationnel. Pendant plusieurs heures, le photographe doit capturer le bonheur, s’intégrer, communiquer, écouter, s’attirer la sympathie des invités. Cette jungle sociale est vraiment proche d’une séance de portrait classique où la relation entre le modèle et le photographe devient l’image finale.
Face au photographe officiel, une armée de photographes amateurs jouant d’originalité avec des points de vue inédits constituent une concurrence involontaire et quelque peu déloyale sur le plan humain. Le photographe est moins intime avec les mariés que les témoins aux appareils photo dernier cri le sont avec eux ! Ce que les invités prennent en photo, il doit l’avoir aussi mais en mieux car le tarif de la prestation doit être justifié.
Pas d’excuse alors pour cette entrée dans l’église où le contraste entre l’entrée supra-lumineuse et l’intérieur presque noir atteint les limites techniques du capteur, le tout couplé à des protagonistes en mouvement continu – les mariés marchant vers l’autel – qui s’amusent des meilleurs systèmes auto-focus, sans parler du flash qui ne doit pas sur-exposer la robe blanche pure de la mariée et doit conserver une densité raisonnable pour le costume noir du marié : la photo doit être prise… et réussie !
De même, il est impensable d’échouer dans des instants comme la signature des registres à la mairie et à l’église, l’échange des alliances, la sortie de l’église, …etc.
Finalement, il faut être photo-reporter pour la capture de l’instant, photographe de presse pour se positionner au bon endroit et déclencher au bon moment, de paysage pour des photos d’ensemble décrivant les lieux de la cérémonie, de portrait en assurant les inévitables photos de couple et de groupe. De plus, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y pas qu’un client (les mariés) mais une multitude et qui ont des attentes différentes.
Ainsi, les parents par exemple attendront des photos de famille, avec les grands parents et le couple. Les mariés, quant à eux préfèreront avoir des souvenirs de leurs amis proches et des témoins. Les grands parents, ayant une vision de la photographie avec un décalage générationnel voudront des photos de groupe, avec tout le monde dans le même cliché. Quant aux jeunes, ce sera au cas par cas.
Il en est de même pour le livre-photo qui devient le véritable album souvenir de la journée. Dès la prise de vue, les cadrages doivent être pensés pour pouvoir être compatibles avec ce type de support. Concrètement, cela signifie par exemple prendre un portrait de chaque membre de la famille à l’église par exemple pour pouvoir faire une page avec la photo de chaque membre. De même, lorsque les témoins signent les registres, le photographe doit au maximum éviter les changement de cadrage (vertical / horizontal) sur une même série, sous peine de devoir résoudre un casse-tête chinois au moment de la mise en page (maquettage).
Un autre « truc » qui relève de mon expérience personnelle est aussi, pour les photos de groupe, de commencer par celles des familles plutôt que celles des témoins et amis. La raison est aussi simple que cocasse : bien souvent la complicité entre les témoins/amis et les mariés est telle que la séance devient incontrôlable. On ne peut pas lutter, malgré toute l’autorité du monde face à un groupe de quinze personnes qui prend la séance photo comme un jeu pour taquiner les mariés. Ce sont des situations géniales pour des photos naturelles et vivantes. Seulement, quand les parents, grands-parents, à côté de ce joyeux cirque attend son tour pour les séances, il s’impatiente (bien qu’amusé) et risque de partir avant que le photographe n’ait eu le temps de les prendre en photo.
Or, les photos de famille, font partie de ces incontournables qui sont même encore plus prioritaires que les photos d’amis. Rassembler toute une série de personnes pour réaliser les portraits autour des mariés n’est point chose facile car il faut arracher les invités de leur discussion et de leur coupe de champagne !
La photographie de mariage est une bonne école. Elle est déconsidérée mais à tort car elle représente un tremplin formidable pour améliorer ses qualités techniques, humaines et faire le deuil de l’alibi en cas d’échec. On n’a tout simplement pas le droit d’échouer quand il s’agit d’événements importants. Le niveau d’exigence monte à nouveau et on repart sur le mariage suivant, pour capturer du bonheur.

Photographie prise lors d'un mariage à Angoulême
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